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Critiques rédigées par Hélène

 

L'insoutenable légèreté de la bicyclette (Claude Marthaler)

note: 4La bicyclette peut être un vrai bonheur mais aussi un outil de travail harassant. Hélène - 4 octobre 2018

A l’heure du développement du vélo dans toutes ses variantes – cargo, couché ou encore à assistance électrique - et des nombreuses véloroutes qui permettent de sillonner le monde, il est agréable pour le cycliste amateur de feuilleter ce petit livre. Le lecteur qui transpire fort le dimanche sur les routes de campagne, avec son VTC à 24 vitesses, pourra comparer ses exploits à la vie des personnes portraiturées. Comment imaginer qu’on puisse – pour le plaisir - passer sa vie entière à pédaler, jusqu’à cumuler plus de 500 000 km en 50 ans ? Et comment imaginer qu’on arrive – pour gagner sa vie – à transporter jusqu’à 4 passagers sur un tricycle de 80 kg ? Et qu’il faille ensuite dormir sur le vélo pour ne pas se le faire voler ?

Patria (Fernando Aramburu)

note: 4Une fresque ample sur le nationalisme basque Hélène - 16 août 2018

Qui se souvient aujourd'hui de l'importance qu'a pu avoir le mouvement E.T.A - Euskadi ta Askatasuna - Terre basque et liberté - dans l'histoire de l'Espagne et de la France ?
Ce roman nous le rappelle de façon très accessible, en racontant sur 50 ans, l'histoire de 2 familles d'un village espagnol. Voisines et amies dans les années 70, ces familles basculent dans la haine et la souffrance, parce que deux de leurs membres ne choisissent pas le même camp. La tragédie qui s'ensuit les rend irréconciliables.
Ce qui est passionnant dans ce roman, c'est que tous les personnages sont fouillés et ont une personnalité forte. Ils tracent des routes différentes liées au choix terrible qui conditionne tout : soutenir ou pas l'ETA. Mais de véritable choix, il n'y a pas, ou si peu !
A l'heure de la dissolution du mouvement, il serait intéressant que d'autres écrivains apportent d'autres points de vue sur cette période historique.

La vie algorithmique (Éric Sadin)

note: 5Réflexion garantie ! Hélène - 23 mai 2018

Eric Sadin est philosophe et écrivain. Depuis plusieurs années il publie régulièrement aux excellentes éditions « L’échappée » des essais autour de la place du numérique dans nos vies. Ses ouvrages sont passionnants mais un peu ardus à la lecture. « La vie algorithmique » dissèque de façon très précise et avec exemples à l’appui comment le numérique s’insère dans nos vies, comment des capteurs recueillent de l’information et comment la puissance des algorithmes prend peu à peu la place de la réflexion humaine. Si l’on réfléchit bien aux actes de notre vie quotidienne, quel est le geste, quel est le domaine qui échappe aujourd’hui au numérique ? Maison connectée, sport connecté, vie sociale connectée, musique connectée, lecture connectée, santé connectée…sans parler de la vie professionnelle et de la consommation. Tous ces clics alimentent des bases de données exponentielles qui fournissent des renseignements très précis sur nos vies. Pour qui, pour quoi ? Réponse dans ce livre !

Sonates pour violoncelle & piano (Johannes Brahms)

note: 4Que le pianiste n’oublie jamais qu’il ne faut pas lutter contre le violoncelle mais l’accompagner ! Hélène - 4 avril 2018

Est-ce un hasard ? Les 2 jeunes interprètes - autour de la trentaine – ont été successivement en 2017 et 2018, lauréats d’une Victoire de la musique classique en tant que soliste de l’année. Ce CD est une occasion de découvrir Adam Laloum et Victor Julien-Laferrière, ensemble dans un répertoire de musique de chambre.
Bien connue, la Sonate de Brahms opus 38 est belle, ample, romantique à souhait. Composée 20 ans plus tard, la Sonate de Franck utilise le violoncelle dans toute sa tessiture et son expressivité. On change d’époque avec la pièce de Debussy écrite pendant la guerre de 14-18. Dans sa modernité, on discerne des accents hispanisants, assez fréquents dans la musique française de cette époque.
Le violoncelle est réputé être l’instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine. Est-ce pour cela qu’il procure des émotions si fortes ?

Art & sciences (Philippe Nessmann)

note: 4Une autre histoire de l'art Hélène - 27 février 2018

Aujourd’hui on a un peu oublié les liens forts qui unissaient les arts et les sciences à la Renaissance. La géométrie a permis de maîtriser la perspective, une notion fondamentale en peinture. Les dissections, très pratiquées, ont contribué à redécouvrir le corps humain et ses détails anatomiques, dissimulés durant la période du Moyen-Age.
Pas besoin d’être un spécialiste, ni de l’art ni des sciences, pour se régaler avec ce livre. Quelques explications, beaucoup d’illustrations et l’on comprend tout de suite les liens entre géométrie et cubisme ou entre neurologie et surréalisme.
On découvre aussi comment les biotechnologies et la robotique enrichissent l’art d’aujourd’hui. On frissonne même quand l’artiste utilise son corps comme support et greffe dans son bras une oreille en cartilage artificiel.

About kids, hips, nightmares and homework... (Emicida)

note: 5Emicida, un flow suave mais percutant Hélène - 19 décembre 2017

Emicida est un rappeur brésilien né comme beaucoup d’autres, dans une favela de la Zona Norte de São Paulo. C’est l’un des plus connus en Europe avec son alter ego Criolo. Ce CD est son deuxième album. Il intègre beaucoup de références musicales de la sphère lusophone africaine conférant à plusieurs titres douceur et suavité. Chœur d’enfants du Cap-Vert, musiciens de Luanda en Angola, des liens sont tissés entre les communautés de « race noire », terme polémique en France mais très utilisé dans la culture brésilienne.
D’autres titres sont plus denses et agressifs dans la dénonciation de la dure vie des travailleurs et des femmes isolées vivant dans les ghettos, invisibles aux yeux de l’élite blanche brésilienne.
Dans les textes de Emicida, la référence aux peuples africains - yoruba, bantou, nagô - est permanente, de même que l’invocation des orixás. Est ainsi renforcé le pont entre les Noirs du Brésil et ceux d’Afrique.

Actus tragicus (Johann Sebastian Bach)

note: 5Bach épuré et lumineux Hélène - 17 novembre 2017

Johann Sebastian Bach a composé près de 300 cantates dans sa longue carrière de Maître de chapelle. Comment s’y repérer ?
Pourquoi ne pas commencer par écouter ce disque magnifique qui propose 4 cantates composées en 1707 et 1708, donc parmi les premières œuvres du compositeur ?
Bach a 20-22 ans, il vient de se marier et de trouver un poste d’organiste à Mülhausen. L’Europe se relève difficilement des séquelles de la Guerre de 30 ans qui a rendu exsangue l‘Allemagne. La mort est très présente, et grande l’interrogation sur le sens de la vie humaine.
Le caractère méditatif de ces œuvres, entre affliction et espérance, est accentué par l’interprétation épurée de l’ensemble Vox luminis. L’effectif instrumental réduit, magnifie les timbres des chanteurs. Les airs de la Cantate BWV12 dans lesquels les voix dialoguent avec le hautbois ou la trompette, sont particulièrement bouleversants.

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