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Critiques rédigées par Karine

 

Life & livin' it (Sinkane)

note: 5Une joyeuse fusion de genres Karine - 18 septembre 2018

Derrière le nom de Sinkane se cache Ahmad Gallab, un artiste d’origine soudanaise installé à Brooklyn. Avant de se lancer dans une carrière solo, il a notamment été le batteur de groupes électro et pop comme Caribou et Of Montreal. Sa musique brasse les cultures et les influences : les sonorités est-africaines se mêlent à la soul, au funk et à la modernité de l’électro. C’est une belle fusion de genres, magnifiée par une voix ensorcelante. Le groove est présent tout au long des 9 morceaux qui composent ce disque, le troisième de ce jeune chanteur et multi-instrumentiste.
Un album lumineux et joyeux, à écouter en boucle...

Melaza (Carlos Lechuga)

note: 4«Ici, tu apprends à danser ou tu meurs sur la piste» Karine - 16 août 2018

Ces quelques mots prononcés par la protagoniste principale de Melaza pourraient résumer à eux seuls tout le film. Melaza, c’est un village cubain où le temps semble s’être arrêté ; mais ça signifie avant tout «la mélasse», symbolique de la situation dans laquelle se débattent les personnages. Monica et Aldo travaillent dans des conditions plus que précaires : elle veille sur une usine désaffectée, il est instituteur dans une école délabrée et enseigne la natation dans une piscine sans eau. Pour s’en sortir, ils vont avoir recours à des moyens de plus en plus illégaux, jusqu’à aller à l’encontre de leur morale.

Carlos Lechuga, dont c’est le premier film, montre avec poésie et un brin de dérision, une réalité cubaine bien loin des clichés touristiques. La propagande politique, l’endoctrinement dès le plus jeune âge, les tickets de rationnement, la débrouille font partie du quotidien. Mais Melaza n’est pas qu’une chronique sociale, c’est aussi une belle histoire d’amour : Monica et Aldo s’aiment et continuent de s’aimer malgré le manque d’intimité et les choix qu’ils sont obligés de faire pour (sur)vivre.

J'ai toujours aimé la nuit (Patrick Chamoiseau)

note: 4La Martinique, bien loin de la carte postale Karine - 19 juillet 2018

Fort-de-France, un vendredi 13… Lors de sa dernière nuit de service actif, un commandant de police est enfermé seul avec un tueur en série, qui, depuis des heures, pointe son arme sur lui. Et, depuis des heures, l’officier écoute l’incroyable confession de celui qui se surnomme «l’archange de la mort».
Ce polar se déroule à huis clos et se présente sous la forme d’un long monologue ; en parallèle, le policier se remémore sa carrière et les indices qui l’ont lancé sur la trace de ce tueur atypique. Ce dernier s’exprime en effet dans un style très recherché, agrémenté de phrases latines et de références à Saint-John Perse ou Aimé Césaire. Il dresse un portrait plutôt sombre de la Martinique d'aujourd'hui, se désolant de l'attitude de la jeunesse, de son langage, de son addiction au virtuel.
Le premier roman policier de Patrick Chamoiseau, théoricien de la créolité et Prix Goncourt en 1992 pour Texaco, est avant tout une réflexion sur la perte de l’identité martiniquaise et sur le rôle que jouent l’éducation et la transmission dans le maintien d’une culture.

Faute d'amour (Andreï Zviaguintsev)

note: 5Ma palme d’or 2017 Karine - 5 juin 2018

Dès les premières scènes, on est ému par le sort d’Aliocha, cet enfant de 12 ans victime collatérale du désamour de ses parents. Il se sent rejeté, à juste titre, son père et sa mère ayant chacun de leur côté débuté une nouvelle relation. Il est un peu un obstacle à la réalisation de leur projet personnel, alors, soudainement, il disparaît…
C’est avec une grande justesse qu’Andreï Zviaguintsev montre la haine et la brutalité des rapports qui opposent ce couple. Comme dans ses précédents films, il fait part des maux qui gangrènent la société russe. La désagrégation familiale est ici le symbole d’un malaise collectif : l’individualisme, les obsessions matérielles mais aussi le désengagement social de l’État et le retour d’une morale autoritaire. Après le formidable «Léviathan», «Faute d’amour» est le 5ème film du réalisateur ; il a reçu, entre autres, le Prix du Jury à Cannes en 2017. C’est un beau film, au sens esthétique du terme, mais un film âpre, qui marque les esprits par des scènes puissantes et bouleversantes.

American crime story n° Saison 1
The people v. O.J. Simpson (Scott Alexander)

note: 5L’affaire qui divisa l’Amérique Karine - 16 mai 2018

Si comme moi, le nom d’O.J. Simpson ne vous évoque que de vagues souvenirs, alors regardez cette première saison de la série American Crime Story et vous saurez tout - ou presque - sur cette affaire qui a défrayé la chronique au début des années 90.
The People vs. O.J. Simpson relate la fuite, l’arrestation puis le procès hautement médiatisé de cet ancien footballeur et acteur, soupçonné puis acquitté du double meurtre de son ex-épouse, Nicole Brown Simpson, et de son compagnon.
Ce procès, qui s’est tenu de juin 1994 à octobre 1995, passionna et déchira l’Amérique. Le doute sur la culpabilité d’O.J. Simpson fut grand dans les rangs de la communauté afro-américaine, déjà affectée par l’affaire Rodney King et les émeutes qui s’ensuivirent en 1992 à Los Angeles. La série, qui se veut au plus près des faits, est passionnante car elle montre les faiblesses du système judiciaire américain, marqué par de profondes inégalités qui empêchent tout jugement équitable. Le jeu d’acteur est excellent, la série est courte (10 épisodes) et va à l’essentiel.

V70 (Bumba Massa)

note: 5Entre La Havane et Kinshasa Karine - 13 avril 2018

Même si les rythmes afro-cubains sont bien présents, non, ce n’est pas de la salsa, c'est de la rumba congolaise, authentique, celle des grands orchestres des années 60 comme l'OK Jazz - auquel l'artiste rend hommage -. Mais au fond, les racines sont communes… Le chanteur, c'est Bumba Massa, 72 printemps, le vétéran de ce genre musical et la voix du groupe Kékélé avec qui il a enregistré 3 albums. Il poursuit aujourd'hui une carrière solo, après 54 ans de musique. Son nouvel opus porte un titre énigmatique, «V70» : V comme valeur, 70 comme la septième décennie dans laquelle il est entré. Qu' il interprète ses chansons en français ou en lingala, c'est toujours avec douceur et élégance, et toute la classe de son âge vénérable. Quant à sa voix, elle n’a rien perdu de ses qualités et comme il l’assure lui-même : «Ma voix est comme le bon vin : plus elle vieillit, meilleure elle est”.

A voix haute (Stéphane De Freitas)

note: 5Eloge de la parole et de la jeunesse Karine - 2 mars 2018

Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours “Eloquentia”, qui vise à élire «le meilleur orateur du 93». Des étudiants de cette université issus de tout cursus, décident d’y participer et s’y préparent grâce à des professionnels (avocats, slameurs, metteurs en scène…) qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. Au fil des semaines, ils vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, et vont s’affirmer, se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes.
De la préparation jusqu’au concours, on suit ces jeunes issus de divers horizons et qui veulent apprendre, chacun dans un but bien précis, à maîtriser leur parole. Cet outil que nous possédons tous mais qui peut devenir une véritable arme dès lors qu’on apprend à l’utiliser. Les formateurs sont exceptionnels et il faut beaucoup de courage à ces étudiants pour donner de la voix et se décomplexer. Ce film pudique, qui nous fait passer du rire aux larmes, est porteur d’énergie et d’espoir.

Americanah (Chimamanda Ngozi Adichie)

note: 5Le rêve américain Karine - 10 février 2018

Americanah suit l’histoire de deux jeunes Nigérians, Ifemelu et Obinze, qui se rencontrent au lycée et tombent amoureux. Au fil d’années mouvementées sur le plan politique, ils vont tenter de se frayer chacun leur chemin : Ifemelu va rejoindre sa tante aux États-Unis pour y continuer ses études, et Obinze connaîtra la dure réalité d’être un sans-papiers en Angleterre. Leurs vies vont progressivement s’éloigner, jusqu’à ce que le silence radio remplace la passion des premiers temps. Ifemelu devient une blogueuse renommée, Obinze rentre au Nigéria où la chance et la fortune lui sourient. Et puis Ifemelu décide de rentrer au Nigéria…
Americanah est le troisième roman de l’écrivaine nigériane. Ce titre renvoie à la façon dont les Nigérians appellent les expatriés qui reviennent des États-Unis.
Avec un humour caustique et un grand sens du détail, l'auteur décrit ce que cela signifie d’être noire dans l'Amérique de Barack Obama. A la fois histoire d’amour et critique sociale, ce roman dense et passionnant, magnifiquement écrit, analyse avec subtilité les relations raciales aux Etats-Unis mais aussi la question de l’identité.

Arctique (Vincent Munier)

note: 5Le Paradis blanc Karine - 10 janvier 2018

Le photographe aventurier nous présente ses plus belles images de l'Arctique, réalisées au cours des six dernières années, prises lors d'expéditions hivernales, souvent en solitaire et sans assistance. Pour nous offrir ces photographies, il a parcouru des centaines de kilomètres en tirant son traîneau dans des conditions extrêmes, sur le territoire du loup blanc : le "fantôme de la toundra", comme le surnomment les Inuits. Des côtes groenlandaises à la Sibérie jusqu'aux îles les plus septentrionales du Nunavut (Canada), nous sommes invités à découvrir un monde animal fascinant de beauté, où l'on croise ours et renards polaires, caribous, bœufs musqués et harfangs des neiges...
Vincent Munier met en lumière des espèces animales menacées. Ses clichés, réalisés dans des conditions de froid extrême et en basse lumière, sont époustouflants. Il parvient à donner du relief à des sujets blancs sur fond blanc, ce qui constitue une véritable prouesse technique. La douceur qui émane de ces photographies contraste fortement avec la rudesse de l'environnement dans lequel elles ont été prises. Un recueil d'images à couper le souffle !

Grace (Lizz Wright)

note: 5La grâce incarnée Karine - 1 décembre 2017

Ce disque offre un aperçu du réseau d'histoires et de chansons, dont les racines profondément ancrées et intimement entrelacées, relient entre elles les traditions très diverses qui constituent l'âme du Sud profond des États-Unis. Au gré de compositions et de reprises (Allen Toussaint, Ray Charles, Nina Simone, Bob Dylan entre autres...) oscillant entre gospel, blues et folk, Lizz Wright opére ici un retour aux sources pour offrir un hommage sublime à son Sud natal, et plus particulièrement la Géorgie. Cet album, le sixième de la chanteuse, bénéficie d'une production soignée du musicien et compositeur Joe Henry. Dotée d'une voix chaude et d'un timbre profond, Lizz Wright transforme et habite littéralement ces chansons aux ambiances diverses mais à l'héritage commun. C'est une artiste que l'on ne peut s'empêcher de suivre et dont on guette chaque nouvel opus dès lors qu'on l'a découverte.

Moonlight (Barry Jenkins)

note: 5Oscar 2017 du meilleur film Karine - 17 novembre 2017

A Miami, dans les années 1980, Chiron tente de grandir, entre les coups qu'il reçoit à l'école et sa mère, qui s'enfonce peu à peu dans la drogue. Le jeune homme est en train de découvrir qu'il est homosexuel et a du mal à l'assumer. Seul son ami Kevin parvient à lire dans l'esprit de Chiron comme dans un livre. Alors que sa mère l'abandonne à cause de son addiction au crack, Chiron se trouve des parents de substitution avec Teresa et Juan, un dealer. Le couple l'encourage à accepter son identité, sans se conformer aux conventions de la masculinité et de la sexualité.
Moonlight est le premier Oscar du meilleur film dont le héros est gay et dont le casting est entièrement afro-américain. La grande délicatesse avec laquelle Barry Jenkins met en scène la violence sociale fait toute l'originalité de ce film. On ne s'attend pas, en effet, à autant de douceur et de poésie dans un milieu habituellement viril et agressif.
Moonlight est un film à la fois âpre et émouvant, à l'esthétique très soignée.

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